Se donner régulièrement à son ou sa partenaire, sans désir ni plaisir : de plus en plus de patient.e.s vivent cette relation sexuelle sans plaisir en cabinet, un phénomène qu’un nombre croissant de sexologues appelle depuis 2022 le « burnout sexuel. Alexandra de Troz, psychologue clinicienne et sexologue, et Moïra Mikolajczak, Professeure à l’UCLouvain, font le point sur ce phénomène encore non étudié scientifiquement, mais bien réel dans les cabinets, et sur la thèse de doctorat qui vient tout juste d’être lancée pour mieux le comprendre.
Précisons-le d’emblée : de plus en plus de sexologues utilisent depuis 2022 le terme « burnout sexuel » pour décrire la souffrance que vit une partie de leur clientèle, le sujet n’a pas encore fait l’objet d’études scientifiques. C’est la raison pour laquelle Alexandra de Troz, autrice du livre « Le burnout sexuel » (2025), écrit sur base de ses observations cliniques, vient d’entamer une thèse de doctorat sur le sujet sous la direction de Moïra Mikolajczak (UCLouvain) et Maria Elena Brianda (ULiège). Cette thèse visera notamment à examiner si le mot « burnout sexuel » décrit le mieux la souffrance que vivent les patient.e.s qui se donnent de manière régulière sans désir et sans plaisir. Quel que soit le nom qui s’avérera le plus approprié, la souffrance que provoque une sexualité sans désir et sans plaisir est quant à elle bien réelle.
Comment s’installe une relation sexuelle sans plaisir dans le couple ?
Souvent active au début d’une relation, la sexualité tend à ralentir avec le temps pour laisser la place à une relation basée davantage sur l’attachement et la tendresse. Certains couples voudraient pourtant que la sexualité soit intarissable en la mettant à l’avant plan au détriment d’autres activités qui nourrissent et entretiennent leur complicité. Lorsque ces couples emploient la sexualité comme un processus de réparation psychique, un enjeu de survie de la relation, une preuve répétée d’attachement, une tentative de régulation émotionnelle ou une démarche d’affirmation identitaire, ils risquent de s’exposer à une dégradation de la qualité de leur vie intime et au déclenchement d’un burnout sexuel.
Lorsqu’un décalage s’installe dans les attentes sexuelles au sein du couple, un conjoint peut accepter des rapports sexuels pour faire plaisir, par peur de n’être plus aimé.e ou de paraître pas aimable, ou par culpabilité ou encore par honte. Se soumettre au désir de son conjoint peut générer du stress et faire émerger des symptômes proches de ceux que l’on observe dans le burnout professionnel ou parental.
Les symptômes du burnout sexuel
- Un épuisement physique : caractérisé par une absence de plaisir, une baisse de désir sexuel significative, associée ou non à du vaginisme (chez la femme), de la douleur ou de l’inconfort et de l’anorgasmie pouvant aller jusqu’au dégoût de toute activité sexuelle.
- Un épuisement émotionnel : se manifestant par l’expression de sentiments de culpabilité, d’impuissance, de honte, de peur et d’anxiété.
- Une distanciation affective : d’avec le conjoint, et un désinvestissement du lien et de la tendresse pour éviter les rapports sexuels et se protéger.
Attention : toute baisse de désir n’est pas un burnout sexuel
Une baisse temporaire d’activités sexuelles n’est pas associée automatiquement à un épuisement sexuel. Il est tout à fait normal de ressentir une baisse de désir temporaire en cas de maladie, de changements hormonaux, d’infections/inflammations urologiques ou gynécologiques, ou encore en cas de fatigue ou de stress liés à des délais professionnels, des exigences familiales ou d’autres événements de vie. Le « burnout sexuel » serait un processus de désengagement progressif et durable des relations sexuelles et intimes découlant d’un consentement sans désir et sans plaisir, répété dans le temps.
Le rôle des mythes sexuels et de la société
Objet d’attentes irréalistes, de nombreux couples considèrent la sexualité comme acquise et nécessaire à la stabilité du lien. En d’autres mots, l’engagement dans une vie sexuelle active serait une garantie de la place que chacun occupe dans la relation de couple. Selon le philosophe de la réciprocité, Martin Buber (1923), notre existence dépend de notre altérité : sans l’autre, nous n’existons pas. Si le sentiment d’exister est lié au degré d’engagement dans un système auquel une personne souhaite appartenir, alors il est probable que l’expérience d’une identité d’appartenance insécurisante pousse certaines personnes à surinvestir le lien par des preuves d’amour tangibles comme l’acceptation d’une sexualité sans désir/plaisir.
Bien que le consentement sans désir ne soit pas immoral, on peut le considérer comme un cadeau ou un don, l’aspect délétère pour la santé sexuelle du couple surgit lorsque cette pratique se répète dans la durée. Le burnout sexuel serait une forme d’épuisement du don de soi, poussé à l’abnégation pour protéger la relation, par amour pour son conjoint.
Retisser le lien : redéfinir la place de la sexualité dans le couple
Comme les autres formes de burnout, le « burnout sexuel » peut être une formidable occasion de réaliser que nous sommes allés trop loin dans le déploiement de nos ressources disponibles pour protéger ou investir la relation, et que nous avons manqué d’autoprotection. Ce constat nous invite à repenser la place surestimée d’une sexualité performante et jouissive, considérée à tort comme un gage indispensable de la stabilité de la relation et du sentiment amoureux.
Pour retisser du lien, les couples peuvent interroger et redéfinir la place de leur sexualité, afin de la percevoir comme le fruit d’une relation réinvestie, et non plus comme une ressource acquise et inépuisable.
Aller plus loin
Vous souhaitez approfondir le sujet ? Le livre d’Alexandra de Troz, « Le burn-out sexuel. Du désir épuisé au lien retissé », revient en détail sur ce processus et sur les pistes pour retisser du lien dans le couple.
Vous êtes psychologue, médecin, ou professionnel.le de la santé mentale et vous accompagnez des parents en souffrance ? Découvrez notre formation « Comprendre, diagnostiquer et traiter le burnout parental », pour acquérir les outils diagnostiques et thérapeutiques nécessaires à un accompagnement optimal.
Référence
de Troz, A. (2025). Le burn-out sexuel. Du désir épuisé au lien retissé. Paris : L’Harmattan.
